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Dessin de Chalgrin

Dessin de CHALGRIN pour un projet de mètre en marbre (18 septembre 1795)
Archives Nationales : F 121298


D'OU VIENT LE METRE DE CROISSY ?

Grâce à l'un de nos anciens maires Louis Auguste Bourgogne et à sa fille la ville de Croissy a la chance de posséder l'un des rares mètres-étalons en marbre remontant au lancement même du système métrique décimal.

On y voit gravées en creux, les subdivisions du mètre en décimètres, le premier décimètre à droite étant divisé en centimètres.

Le mètre étalon (original)

Au deux extrémités se trouvent des talons entre lesquels les usagers pouvaient glisser leurs mesures pour les vérifier, comme ils le faisaient auparavant avec leurs aunes, leurs pieds, leurs toises, dont on peut voir encore des étalons scellés sur des murs dans plusieurs villes de France.

Ce mètre a été rapporté par Louis-Auguste Bourgogne, maire de Croissy en 1888, et scellé dans le mur de sa propriété. En 1975, sa fille en a fait don à la commune.

Le mètre étalon (copie)

Il est aujourd'hui conservé à la Mairie : celui qui est placé sur le mur de la rue au Mètre, au coin de la rue des Ponts, est une copie offerte à la ville en 1995 par le Baron Von Stackelberg, conseiller scientifique à l'Ambassade d'Allemagne.


LE NOUVEAU SYSTEME METRIQUE

Il fallait en, effet faire connaître au public le nouveau système. Le changement avait été décidé par l'Assemblée Constituante en 1790. Des savants, groupés en commissions, s'occupaient activement de faire avancer les travaux, malgré la gêne causée par les événements.

En juin 1792, leurs instruments enfin prêts, Méchain et Drelambre étaient partis pour refaire la mesure du méridien entre Dunkerque et Perpignan, déjà effectuée de 1739 à 1744 avec des appareils moins précis et la continuer au sud jusqu'à Barcelone. L'unité choisie, le mètre, devait être la dix-millionième partie de la longueur du quart du méridien entre le pôle nord et l'équateur, déterminée d'après cette nouvelle mesure.

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Mais on se rendit vite compte que les travaux allaient demander beaucoup de temps. Pressée de réaliser l'uniformité des poids et mesures pour assurer notamment la libre circulation des grains et sans attendre la fin de la mesure du méridien, la Convention lance le nouveau système métrique par la loi du 18 germinal an 3 (7 avril 1795) en basant la définition du mètre provisoire sur l'ancienne mesure du méridien, ce qui donne au mètre une longueur 443,44 lignes (il y a 12 pouces dans un pied et 12 lignes dans un pouce). Elle ordonne la fabrication d'étalons à partir desquels devront être confectionnées les mesures du commerce, l'étalon primaire étant une règle en laiton remise par Borda et Brisson au Comité d'Instruction publique de la Convention du 18 messidor an 3 (6 juillet 1795) et conservée actuellement au Musée national des Techniques.

Le 1er vendémiaire an 4 (23 septembre 1795), une loi rend l'usage de ce mètre obligatoire à Paris à compter du 1er nivôse an 4 (22 décembre 1795), dans la Seine dix jours après et dans les autres départements progressivement dès que la fabrication des mesures le permettra. Mais les délais devront être prolongés.


DES METRES-ETALONS EN MARBRE

Auparavant, pour faire connaître au public la longueur du mètre, l'Agence temporaire des Poids et Mesures, créée par la loi du 18 germinal an 3, avait demandé à la Commission des Travaux publics, le 14 thermidor an 3 ( 1er Août 1795), de prendre en considération un projet datant du 23 messidor précèdent (11 juillet) et qui aurait consisté à "placer dans les lieux les plus fréquentés de Paris quelques monuments, peu considérables, mais cependant assez apparents pour attirer la curiosité et assez solides pour résister aux injures de l'air aux atteintes de la malveillance, sur la base desquels serait fixé ou simplement tracé un mètre"

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Le projet est accepté, mais sa réalisation va demander de nombreux mois car Chalgrin, à qui elle a été confiée dans ces temps troublés, aura du mal à se procurer le marbre nécessaire. Le 2e jour complémentaire de l'an 3 (18 septembre 1795). Chalgrin envoie à la Commission le croquis de son projet (reproduit ci-contre), le devis de son estimation (1802 livres 10 sols, pour chaque mètre) et la liste des seize emplacements choisis dans Paris par l'Agence temporaire pour ces "monuments métriques" :

  • "au Palais national, dans le jardin " (il s'agit des Tuileries),
  • "au Luxembourg sur la rue de Tournon " ( on a préféré à cet emplacement les communs du Petit Luxembourg, actuellement 36, rue de Vaugirard),
  • "au Palais de Justice,
  • à l'entrée du Palais Egalité ,
  • à la porte Antoine,
  • à la porte Martin,
  • à la porte Denis,
  • à la porte aux lettres,
  • à la place Maubert,
  • rue Denis près la rue aux Ours,
  • au Jardin des Plantes,
  • à la Bibliothèque nationale,
  • boulevard des Italiens,
  • au Pont-Neuf,
  • place de Grève,
  • à l'entrée de la Galerie des Tableaux.

La Commission approuve ce projet huit jours après, avec une modification : on maintient le couronnement qui surmonte le mètre , mais la partie portant le mètre sera une dalle simplement rectangulaire.

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Détail amusant : on emploie encore les anciennes unités pour en exprimer les dimensions, longueur 3 pieds, 6 pouces, largeur 10 pouces, largeur 10 pouces, épaisseur 2 pouces.


D'après un texte de Louis MARQUET, Chargé de la documentation au Service des Instruments de Mesure.


Bibliographie :
F. Gerbaux, "Le mètre de marbre de la rue de Vaugirard", 1904.
Archives nationnales, F 12/1298, F 13/903.
Archives du Service des Instruments de Mesure et du Bureau International des Poids   et Mesures.